(billet posté sur le site du journal Le Monde)
Elu d’une modeste commune rurale qui a la particularité d’avoir été autonome en énergies renouvelables jusque dans les années 1930, je vois l’arrivée de la taxe carbone comme une injustice fiscale. Une occasion de compensation manquée. Alors nous avons peu d’espoir de voir la taxe professionnelle compensée ; reconnaissons toutefois qu’elle nous concerne moins.
Notre commune est l’illustration des théories d’Elinor Ostrom (prix Nobel d’économie 2009) relatives à la gestion des biens publics. L’environnement, notamment notre forêt, a été géré depuis des années par la municipalité, les chasseurs et les agriculteurs. Installés sur un territoire couvrant un plateau boisé, des coteaux cultivables et des fonds de vallées couverts de prairies, et bien que l’essentiel de ces terres soient exploitées, c’est-à-dire plantées, cultivées ou pâturées, nous réalisons des records de biodiversité et de bilan carbone.
On ne saurait en dire autant de la France dans son ensemble, France dont nous sommes le poumon.
En guise de remerciement nous voyons venir la taxe carbone qui touchera durement nos administrés utilisateurs obligés de véhicules personnels. Cette taxe serait pertinente si elle se traduisait par une redistribution au profit des dépollueurs dont nous faisons partie. Si les pollueurs sont les payeurs alors les dépollueurs méritent une subvention. Malheureusement entre les pollueurs et les dépollueurs, il y a un Etat trop dispendieux pour aller jusqu’au bout de ses belles idées.
Désuets ou avant-gardistes, qui sait? Taxés certainement.